De l'Art ou du cochon ?
« L’art est dans le regard du spectateur. » C’est un peu téléphoné comme phrase, j’en conviens, et ce fut entendu dans un téléfilm à trois sous. Bien entendu, quelqu’un qui n’y connaît rien va trouver une tête de berger allemand maladroitement peinte assez géniale ou va être en extase devant une maison préfabriquée avec une jolie tourelle et va appeler ça le « renouveau de l’architecture », mais restons simplement lucides et sincères et essayons d’analyser ce qui se passe actuellement, ou disons plutôt depuis une bonne vingtaine d’années et qui va en s’accentuant dans le monde de l’Art ou plus précisément dans le monde de ce qui est appelé les Arts Plastiques.
En automne 2005, je me promenais du côté de Sélestat, petite ville du Centre Alsace, dont le fleuron est certainement la bibliothèque humaniste, fondée en 1452. J’ai été étonné pas des bandelettes multicolores collées sur les bords des trottoirs, certaines tombaient, imbibées de pluie, d’autres étaient sales à force de se faire rouler dessus par des rollers et autres vélos. J’avoue que je me sentais imbécile, je ne connaissais pas ce marquage de
Bien sûr, à me lire, on va penser que je suis un conformiste de première, que le réac que je suis a horreur du contemporain, ce qui serait un jugement hâtif et erroné. Je suis un admirateur de Picasso, de Kandinsky, autant que du Caravage ou de Rembrandt, autant, pour rester plus régional, de Camille Claus, Tomi Ungerer, Charles Algner ou autres Pierre Gangloff, loin de moi toute idée de refus du contemporain, bien au contraire, j’en suis plutôt avide, mais je suis contre le foutage de gueule. Je suis pour l’exposition de pissoirs dans une exposition si effectivement ils peuvent servir à leur fonction première, et « Jacob Delafon » ne m’en voudra pas de ne pas être considéré comme un artiste. Je suis surtout contre les galeristes et les journalistes qui veulent imposer au peuple leur idée de l’art, leur vision comme étant la voix messianique de ce qui est valable et de ce qui ne l’est pas. Tous ces gens oublient que Van Gogh a été décrié en son temps au profit de guignols dont certains sont tombés dans l’oubli, sans oublier que derrière cela se cachent, comme bien souvent, des histoires de copinage, de renvois d’ascenseur. Je remercie encore mille fois celui qui a osé vers 1994 tagger une horreur qui avait été posée place de Haguenau – Strasbourg en inscrivant en grosses lettres « C’est de l’art ou du cochon ? » La statue a été vite enlevée par les services municipaux. Ce n’était ni une compression de César ni un Rodin, que tout le monde se rassure. Je me souviens juste de l’assentiment populaire qui a eu lieu, pour une fois qu’un taggeur faisait rire… ça laisse un souvenir de première ! D’ailleurs, qui du sculpteur ou du taggeur avait réussi à donner le plus d’émotions, lequel a été le plus artiste des deux ?
Je respecte tous les artistes, toutes les formes d’expression tant que l’on n’impose pas aux spectateurs, lecteurs, auditeurs ce qu’est l’Art ! Alors oui aux expositions hétéroclites, non aux thèmes imposés qui ont aussi souvent le tort de bloquer des artistes dans leurs créations car le thème ne leur convient pas forcément. Une œuvre d’art est l’expression d’un homme pour des hommes, je le répète, et pas l’expression d’un critique ou d’un journaliste pour un public jugé idiot. Et n’oublions pas que chaque être a ses références, son ressenti, ses émotions et que ceux du critique ne sont pas ceux du voisin, ni de mon banquier ou de mon toubib. L’art est universel par définition, j’aime Stephan Eicher et je déteste Mylène Farmer, pour d’autres c’est l’inverse, j’adore Mozart et je déteste Boulez, pour d’autre c’est tout à fait autre chose, alors merde ! Je décrète que je fais mes choix, mais je suis aussi assez futé pour ne pas dire que Mylène Farmer ou Boulez, ça ne vaut rien, ça ne me va pas, c’est tout. Pour autant je sais discerner si telle ou telle chose est une merde immonde, et quand une municipalité décide que des collages de papier sur trottoir sont une œuvre d’art, je plains les citoyens de la ville.
Pour en finir avec le Sélest’Art et mes diatribes, je me souviens d’un temps ou celui-ci était un patchwork de tout l’art régional, attirant des milliers de visiteurs, les vernissages étaient un grand moment de fête, à ce jour, pour avoir du monde au vernissage, il faut inviter des personnalités et leur promettre un repas gastronomique pour au moins pouvoir décréter une inauguration avec quelques visiteurs un peu paumés….
O tempora, o mores….
RcW Septembre 2007