Ni portefeuille ni carte de crédit...

Publié le par RCW

Je prie d’excuser mes lecteurs réguliers de mon manque d’articles ces derniers temps. Hélas, des soucis personnels ne me permettent pas, pour l’instant, de me consacrer plus à des articles économiques, politiques ou autres.

Toutefois, venant d’enterrer un ami d’enfance, il y a une foule d’éléments essentiels que je tiens tout particulièrement à souligner, et que nos dirigeants, nos proches, nos amis, nos supérieurs, nos connaissances directes et indirectes semblent tellement oublier.

 

La toute première est certainement que chacun d’entre nous est venu au monde à poil et nous repartirons à poil, ou habillés pour la circonstance par la famille. Mais cet habit ne fera pas le moine pour être bien vu dans l’au-delà, pour ceux qui y croient.

Je n’ai pas pour habitude de mettre en avant des convictions religieuses, j’ai les miennes, qui sont proches du christianisme, mes amis les plus proches sont agnostiques ou musulmans ou bouddhistes, comme quoi je ne vis pas dans un ghetto, mais peut-être entouré de personnes qui ont des visions communes, une certaine foi en l’homme et avec d’autres visions que simplement la promotion ou la défense d’intérêts tout à fait individualistes.

 

Je crois toutefois qu’il est grand temps de commencer à prendre un peu conscience du fait que dans un monde où l’argent est le seul moteur, où le premier souci d’une entreprise n’est plus que rarement celui du social, mais celui du profit maximum (je vise essentiellement les entreprises du CAC 40 et bien évidemment pas le petit artisan), où le travail d’équipe est prôné ainsi que la fierté d’appartenance, alors que le personnel est de plus en plus sous payé pour engranger encore plus de bénéfices (comment être fier alors de son entreprise ?), personne ne s’en va de l’autre côté du miroir avec un chéquier et une carte de crédit. Nous aurons beau mettre des actions cotées en bourse dans les cercueils de nos proches, elles pourriront autant que le reste.

 

Nos statuts de sous-chef, chef, cadre dirigeant s’évanouiront aussi avec notre mort, nos grands présidents dorment sous terre et leurs médailles doivent être rouillées depuis un moment.

 

Il me semble nécessaire de reprendre un peu de lucidité, de réfléchir au pourquoi de notre existence, de se dire qu’un jour nous serons tous sur notre lit de mort, à regarder en arrière et à faire un examen de conscience. A 20 ans on n’y pense pas, bien entendu, la mort c’est loin, à 40 ans on commence à penser à un plan d’épargne retraite, mais la mort n’a pas d’âge pour arriver. 

 

Je ne désire pas être un donneur de leçons et je suis loin d’être parfait, mais tout de même, j’ai une autre vision de mes concitoyens que celle de les considérer comme des rivaux à surpasser en biens ou en statuts. Tout homme a droit à une reconnaissance, à un respect ! J’ai cette impression que nous nous américanisons de plus en plus, et si la notion de salaire devient moins taboue en France, elle permet de frimer plus. Il m’est même arrivé de souhaiter un crash boursier afin de remettre les compteurs de tout le monde à zéro.

On pourra considérer ce genre de philosophie comme étant un manque d’ambition ! Peut-être, si toutefois on a juste une ambition à court terme finalement. Je souhaite peut être plus marquer mon époque ou ma courte vie par un héritage artistique, un témoignage, un vécu et pas par un compte en banque que mes héritiers se partageront quand mon corps sera encore chaud. Hélas, je crains que l’Art, au sens noble du terme, se mette aussi à devenir juste une niche pour investisseurs, et non plus une expression d’un homme pour des hommes. Je sais pertinemment, pour ma part, que l’édition d’un livre ne dépend plus de sa qualité mais de l’impact économique qu’il peut avoir. Il me vient juste en tête une vieille chanson de Brel qui commençait ainsi « Un jour le diable vint sur Terre…. »

 

RcW septembre 2007

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Publié dans Economie

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