Pourquoi j'ai écrit mon premier roman...
- D'où vient cette envie d'écrire ?
Je crois que déjà au collège je soignais mes « devoirs de français » et je suis un passionné de littérature depuis ma tendre enfance. Ce furent les prémices disons. Certes, mon orientation a été bien différente d’une orientation littéraire, et là j’incrimine fortement les conseillers d’éducation d’une certaine époque qui faisaient très mal leur travail, sinon je n’aurais en rien fait un baccalauréat de comptabilité suivi d’un BTS d’informatique. Mais bon, c’est ainsi. A l’âge de vingt ans, j’avais fait une émission sur les premières radios libres consacrée à la poésie française. Cela peut paraître curieux, mais j’avais surtout envie de présenter la poésie autrement que ne l’avaient fait mes divers professeurs de français, c'est-à-dire que je voulais considérer un texte poétique comme un tout, une œuvre entière lue sur des musiques. Un peu ce que fait d’ailleurs « Grand corps malade » que je soupçonne de plagier mon travail de l’époque (Sourire). J’étais un peu écoeuré de ce découpage en vers, en syllabes que faisaient les professeurs car le texte perdait sa valeur initiale, son impact. C’était comme regarder une toile de maître découpée en parcelles de un centimètre carré, l’œuvre perdant ainsi tout le sens initial.
L’envie d’écrire est venue très tôt en fait, je me souviens que mon premier achat, suite à un travail d’été, a été celui d’une machine à écrire…. J’avais commencé à écrire un premier roman à l’âge de 21 ans, j’ai hélas perdu les feuillets. Puis il y a eu ma carrière professionnelle qui me prenait énormément de temps, une vie privée chaotique et puis certainement que je tentais de rattraper beaucoup d’une adolescence mal vécue qui faisait que je sortais énormément. Mais la lecture faisait toujours partie de mes loisirs. Cette vie m’a amené à un mal être que j’avais du mal à définir, celui-ci a été suivi par une tentative d’auto destruction de plus en plus forte qui a été concrétisée par une relation passionnelle avec l’alcool et une tentative de suicide. Comme je n’ai pu vraiment verbaliser tout cela avec les psychiatres ni avec mes proches, j’ai retrouvé mon premier amour, soit la littérature afin d’avoir un moyen d’expression. D’autres se seraient tournés vers la peinture, la musique, j’ai utilisé cette voie, car c’est celle qui me convenait le mieux. J’ai pu ainsi, par le biais de mes personnages, dire ce qui se passait dans ma tête. Certes, on va dire que j’ai utilisé l’écriture comme thérapie, cela peut se concevoir de cette manière, mais j’utilise l’écriture comme moyen d’expression avant tout.
- Combien de temps t'a-t-il fallu pour écrire "Victor" ?
Il est difficile de donner un temps exact. J’ai commencé à écrire Victor quand j’avais perdu mon travail, mon appartement, mon compagnon. Certes, j’ai bien écrit les premières pages à ce moment, puis tout cela a été entrecoupé de nouveaux internements à l’époque, de nouvelles crises d’alcoolisation… Une partie a été écrite chez mes parents, une partie dans un deux pièces meublé près de la cathédrale, une partie en internement psychiatrique (j’avais du coup tous les exemples sous les yeux) et Victor a été finalisé en 2003. Cela n’a pas été un travail en continu, mais j’estime que sur une période de trois ans, j’ai du consacré une dizaine de mois à ce travail. D’ailleurs, j’ai mis à peu près le même temps pour mon deuxième roman, c’est peut-être cela ma vitesse de croisière. Il ne faut pas oublier qu’un écrivain a un travail à côté, une vie privée, et qu’il lui faut trouver dans tout cela du répit, de l’inspiration, du recul etc.
- Avec le recul, quand tu regardes Victor (le personnage), qu'est ce que tu aimes le plus chez lui ? Qu’est ce que tu aimes le moins ?
Ah c’est une question piège. Je ne peux pas détester ou aimer Victor. Il est le reflet de mes pensées, de ce qui se passe ou s’est passé dans ma tête. Alors le détester, c’est être masochiste et l’aimer c’est être narcissique. Certes, Victor est certainement beaucoup plus impoli que Robert Wirth dans la vie, il a un sens de la répartie que je n’ai pas du tout, il dit tout haut ce que je peux penser tout bas et il a un sacré culot tout de même. Par contre, je drague autrement (sourire) et si j’avais eu Alexandre en face de moi, je l’aurais certainement traité avec beaucoup plus de tendresse. Mais Victor est dans une phase de révolte complète, il est maltraité, bafoué par des psys, une famille qui ne le comprend pas et il a certainement ses raisons d’être ce qu’il est également.
- Qu'est ce qui t'a poussé à publier ce manuscrit ?
Il n’y a pas une raison, il y en a plusieurs. La plus forte a certainement été que je voulais publier le témoignage d’un homosexuel alcoolique par lui-même, dire ce qui peut se passer dans la tête d’un homme perdu. J’avais besoin de hurler que je souffrais autant que mon entourage, besoin de verbaliser un mal, sans toutefois oublier un humour qui me semble nécessaire dans ce genre d’entreprise, et mon humour est un peu ma patte aussi. Puis il y a eu la dénonciation d’un système psychiatrique typiquement français, retranché dans sa tour d’ivoire, et puis en dernier, je tenais à prouver que j’étais à nouveau un homme debout et il y a une pointe de vengeance envers tous ceux qui m’ont laissé tomber quand j’étais à terre.
- Est ce qu'il y a un ou des passages que tu regrettes d'avoir mis (ou de ne pas avoir mis) ?
Je ne regrette aucun passage du livre, sinon je l’aurais enlevé. Par contre, il est clair que je suis très loin d’avoir tout mis. C’est bien pour cela que je continue à écrire, car ce premier roman est juste une mise en bouche de tous ceux que j’ai envie d’écrire. Certes, cette façon autobiographique de dire les choses peut être dangereux, car c’est mettre une vie privée en pâture publique. Victor est très autobiographique, surtout dans le ressenti des choses. Dans les faits, l’univers de la psychiatrie et des relations familiales est authentique. Mes prochains romans le seront beaucoup moins dans les faits, mais les idées, les sentiments et les opinions seront toujours les miennes. Je regrette par contre que certaines personnes aient pu penser que je réglais des comptes avec ma famille. Je démens complètement cela. Mes relations familiales sont au mieux aujourd’hui, et il s’agissait pour moi de relater des faits, c’est tout. Je souhaite simplement que ce livre puisse être un moyen d’amenuiser la difficulté de communication entre proches..
- On dit qu'un livre pour un auteur est son "bébé", es tu fier de ton bébé ?
Je ne peux pas dire que je me sente fier de cela. Écrire un livre est un travail de longue haleine, de patience et puis l’éditer ensuite est encore une difficulté supplémentaire. Alors quand on arrive au résultat final, c’est comme lorsque l’on pose la dernière pierre d’une maison, on trouve normal à ce moment là que la maison soit debout. Certes, c’est mon bébé, mais le mot fierté n’est pas exact. On ressent une certaine satisfaction, ça oui.
- Si tu avais la possibilité là d'avoir l'avis d'une célébrité (passée ou présente) ce serait celui de qui ?
Je n’aime pas trop le mot de « célébrité » car on met tout et n’importe quoi sous ce mot, autant un Massimo Gargia qu’une Lorie dont les avis m’importeraient franchement peu. Mais avoir l’avis de Louis Ferdinand Céline ou de Michel Houellebecq ou de Frédéric Beigbeder serait assez génial, même si leur verdict me foutrait une trouille terrible.
- Si là tu devais rencontrer Victor, que lui dirais tu ?
Salut frangin ! Alors, un peu calmé ?