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Jeudi 3 avril 2008
A mon frère


J’aimerais te dire tout ce que je t’ai tu, j’aimerais tant te dire, te susurrer, te murmurer

Te confesser mes hontes, mes déchéances, te dire combien j’ai aimé et combien je vais encore aimer,

Je veux que tu saches mes peurs, je veux que tu sentes mes joies, je ne jouerai plus de rôle en face de toi, je te parlerai en homme, mon frère, en homme debout, pouvant te nommer mes balafres, pouvant te dire ouvertement ce que la bienséance m’a ordonné de taire.

J’aimerais te dire cet imperceptible sentiment grandissant à ton égard, cette gémellité qui se manifeste, ces deux chemins différents que sont les nôtres qui ont fait que, par le miracle d’anges invisibles, nos pas ont fini par marcher dans les mêmes sillons, à frôler les mêmes émotions.

J’aimerais te dire que rien n’a changé ici. Ils sont toujours aussi hébétés devant leur quotidien, toujours aussi stupéfaits quand ils touchent l’essentiel, s’enfuyant devant les évidences. Ils retrouvent leur confiance dans leur argent, dans leurs statuts, dans leur star academy, dans leurs sitcoms où tout finit bien, s’y cramponnant comme des morpions. Seuls, quelques pirates rescapés, quelques uns de tes disciples ou de ceux d’Ungerer, de Bashung ou d’autres Mozart et Rodin fomentent une révolte lente. Est-elle inutile tellement notre civilisation court à sa fin? Je ne sais pas… Les rochers sont durs à fendre, mais les eaux calmes et constantes ont toujours fini par arrondir les galets, alors j’espère…

J’espère qu’à force de cris répétés, de phrases, un fluide jamais éteint finira par redevenir feu, que nos contemporains laisseront tomber leurs façades, leurs idoles pour se regarder à nouveau en face, que les amants redeviendront autre chose que des automates et que les maîtresses calmeront des ardeurs guerrières avec leurs charmes.

J’aimerais te dire que tes doigts longs, avec leurs gestes lents, manquent aux tableaux, que ton regard naïf est une source d’imagination, de création continue, d’inspiration constante.

J’aimerais te dire que tu es plus vivant que jamais, tu n’es plus devant moi, devant nous, tu es en nous.

J’aimerais te dire toutes les langues du monde, j’aimerais te dire, j’aimerais tant te dire…

 

RcW avril 2008

Par RCW - Publié dans : Mes convictions, mes attaches
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